L'homme victime de violence, des faits, des témoignages

L’homme victime

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 Violence contre les hommes

Hommes battus, les oubliés des violences conjugales

Près de 10 % des hommes seraient victimes de violences conjugales. Mais à en croire plusieurs études américaines et canadiennes, le nombre d’hommes battus est largement sous-estimé. Ils seraient même tout autant victimes d’agressions physiques et psychologiques au sein du couple que les femmes.

« La violence des femmes est tue, et pourtant elle tue », déplore Sébastien L. Cet homme a subi pendant des années les coups et les insultes de sa femme. Combien sont-ils comme lui, victimes silencieuses de leur compagne ? Difficile de répondre avec certitude tant le tabou est fort. « Des études sérieuses et sans préjugés ont prouvé qu’il y a eu 8 % de femmes battues et 7 % d’hommes battus au Québec ces cinq dernières années. Pourquoi les choses seraient-elles différentes en France ? » interroge le psychologue Yvon Dallaire, auteur de La Violence faite aux hommes. « La violence n’a pas de sexe. Bien sûr, un poing d’homme fera plus de dégâts mais dans 80 % des cas, les femmes utilisent des objets, qui compensent leur faiblesse relative. La violence des femmes est impensable pour beaucoup de gens, donc on croit qu’elle n’existe pas. D’autant que les hommes battus, bien évidemment, ne vont pas dénoncer. »

Des hommes pour qui la situation est peut-être encore plus dure à vivre que pour les femmes. « L’identité masculine de ces hommes est niée. Une femme sera soutenue, on la plaindra. Mais l’homme, lui, n’est plus un homme », explique Sophie Torrent, travailleuse sociale et auteur de L’Homme battu, un tabou au cœur du tabou. « Je suis surprise de voir à quel point les instances juridiques restent silencieuses. C’est quand même invraisemblable que l’on nie cette violence ! Le plus souvent, on cherche à minimiser le phénomène. C’est aussi une question financière car le budget de l’Etat va aux associations féministes. »

Priorité aux femmes

Ces dernières rejettent évidemment cette explication, de même qu’une vision symétrique de la violence. « Ce n’est pas une histoire de crédit, le fait est que s’il y a effectivement des hommes qui subissent des violences, la situation n’est pas comparable », assure une responsable de la Fédération nationale solidarité femmes. « Les femmes représentent 90 % des victimes de violences conjugales. Si celles concernant les hommes sont minoritaires, ce n’est pas parce que les hommes ont plus de mal à en parler, mais parce que c’est un fait. Une femme est assassinée tous les trois jours, il n’y a pas autant d’hommes qui décèdent. Sans compter que les hommes tués étaient souvent violents eux-mêmes. »

Au ministère du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, on précise que l’accent est mis sur les victimes féminines car elles représentent la majorité des cas de maltraitance recensés. La construction de foyers d’accueil pour hommes n’est pas à l’ordre du jour. S’il n’existe pas de dispositif spécifique à leur intention, les hommes ne sont pas pour autant exclus du système de droit commun. Ils peuvent appeler le 39.19 (le numéro pour les victimes de violences conjugales) et leur conjoint est susceptible d’être éloigné du domicile.

Mais pour cela, encore faudrait-il qu’on les écoute… « Les juges aux affaires familiales croient toujours la femme, même si le mari fait 15 kg de moins qu’elle », résume Alain D., une ancienne victime. En effet, la prise en compte de ce phénomène est encore très difficile. Manque de structures, souffrances physique et psychologique, les hommes maltraités sont des victimes isolées… Leurs souhaits ? Etre aidés, être soutenus et surtout être entendus…


Matthieu (*), en instance de divorce, deux enfants : “J’étais coupé de toute vie sociale”

« Quand on est un homme, on se dit que ce genre de choses ne peut pas arriver. » Après la naissance de leur premier enfant, leurs relations ont commencé à se détériorer. « Je me suis laissé enfermer dans une sorte de bulle infernale, j’étais coupé de toute vie sociale, de tout avis extérieur. Entouré uniquement de ma belle-mère et des amis de ma femme. »

Matthieu a commencé à être dénigré, insulté et frappé par sa femme. « J’ai pris des claques, des coups de poing, des coups de pied dans les testicules, elle m’a même frappé avec le pistolet d’arrosage. Elle m’a aussi envoyé des chaises à la figure, j’ai encore des cicatrices aujourd’hui. Elle a profité de ma fragilité : je me taisais car je l’aimais. Son but, c’était de me faire craquer. Je ne l’ai pas frappée mais c’était pas loin car elle voulait vraiment me pousser à bout. »

Après la naissance de leur deuxième enfant, la situation a encore empiré.

« Elle me jette des cailloux »

« Elle s’enfermait à clé avec la petite après m’avoir tapé. Quand c’est devenu trop insupportable, j’ai quitté le domicile conjugal et contacté un avocat. Il m’a dit de ne pas charger la mère et de faire profil bas devant le juge pour ne pas l’« énerver ». Quand on est un homme, il faut tout justifier, on a l’impression d’être toujours le méchant. Si j’avais été handicapé à vie, le juge en aurait peut-être tenu compte. »

Et aujourd’hui encore, ça continue. « A chaque fois que je viens chercher les enfants, c’est l’esclandre, elle me jette des cailloux, elle essaie de les monter contre moi. C’est difficile pour moi de réaliser qu’une femme qui m’a aimé, qui a voulu avoir deux enfants avec moi, ait pu se comporter comme ça ».

(*) Le prénom a été modifié

Nathalie Grigorcuik 08/11/07 à 18h08

http://www.francesoir.fr/divers/hommes-battus-les-oublies-des-violences-conjugales

Des maris battus,Par Julien Félix, Marie Huret.

Violences psychiques, mais aussi physiques: les hommes maltraités sont moins rares qu’on ne le croit. Car le sujet reste tabou et les victimes préfèrent se cacher

 

Même si Sylvie * n’était pas un cordon- bleu, elle adorait parler cuisine au téléphone avec ses copines: «Je vais lui couper les couilles avec un couteau et en faire de la compote.» Ce soir-là, Yvan surprend le coup de fil. Ses genoux flageolent. Le plat du jour, c’est lui. A 6 heures du matin, le mari s’enfuit de la maison. «Une nuit de plus, dit-il, et j’y passais.» Il s’est accroché huit ans à cause des enfants. Huit ans à encaisser les gifles et les griffes de son épouse: elle jetait la vaisselle, lui lacérait le visage avec ses ongles, brandissait un couteau, persuadée qu’il la trompait. Lui se taisait, lui l’aimait. A l’aube, Yvan s’est décidé et s’est réfugié à l’Armée du salut. «J’étais en total désarroi, je ne pouvais pas emmener mes enfants, soupire-t-il. Les foyers d’accueil pour hommes battus, ça n’existe pas.»

Pas partout. Pas encore. En Suisse et en Allemagne, il existe déjà deux centres destinés aux maris blessés et aux femmes qui les visent à coups de pots de fleurs ou de ciseaux. Et le Québec s’y met. «Il serait souhaitable que dans les prochaines études sur la violence conjugale en France, on comptabilise les hommes maltraités», avance Daniel Welzer-Lang, sociologue, qui a publié Les Hommes violents (Payot). En 2000, impulsée par le secrétariat d’Etat aux Droits des femmes, la première enquête nationale (Enveff) révélait que 1 femme sur 10 était victime de violences physiques et/ou psychologiques, amalgamant des conduites aussi disparates qu’une critique aigre et des coups de poing. Les hommes? On ne les a pas sondés. On leur confère par définition le statut d’agresseurs: ils le sont dans 98% des cas, assène Marie-France Hirigoyen dans un livre événement qui sort ces jours-ci - Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple (Oh! Editions). La psychiatre dissèque les agressions commises envers les femmes, piégées, sous emprise, mais déverrouille aussi le tabou de la cruauté au féminin: «La violence n’est pas l’apanage des hommes.» Et, parfois, le sexe faible cogne fort.

La bûche de Mme X n’était pas une pâtisserie de Noël, mais une vraie, une en bois. Elle s’en est servie pour frapper son mari. Il a 72 ans, elle, 68. Le 18 mai, elle comparaît devant le tribunal correctionnel d’Evreux pour violences volontaires avec arme. Elle reconnaît les coups, nie les mauvais traitements. Le jour où son mari a porté plainte à la gendarmerie, il pesait 55 kilos. «La violence conjugale envers l’homme paraît rarissime, mais elle est plus fréquente qu’on ne le croit, explique Marlene Frich, conseillère conjugale et thérapeute. Peu d’hommes osent saisir la justice. Des policiers m’ont d’ailleurs confié que certains agents reçoivent assez mal les maris victimes.»

Difficile de cerner le problème, donc, dans la mesure où les hommes se cachent et se taisent. Quand ils osent parler, en général, ils ne sont pas crus. «C’est un sujet tabou, une femme est plutôt perçue comme protectrice et aimante, relève Claudine Gachet, présidente de Face à face, un centre pilote créé en 2001, à Genève, pour aider les femmes violentes. Celles que nous recevons sont capables de coups et de bris d’objets. Elles ne vivent pas forcément dans la précarité. Elles ont toutes subi des violences pendant leur enfance.» Thérapeute de couples, Robert Neuburger, lui, a reçu à son cabinet des hommes dans des états lamentables: «De l’?il au beurre noir à l’épaule en mauvais état ou aux contusions abdominales, dit-il. Je me souviens d’une petite postière aux épaules carrées, c’était un vrai taureau. Son mari, un grand lymphatique. Elle le frappait: ? Il m’exaspère, je ne peux plus me retenir! ?»

Au départ, bien avant les cocards et les bousculades, il y a des intimidations, des mots, qui préparent le terrain. L’arme favorite de la femme, c’est la violence psychique. Elle cherche à dominer l’autre. Le dénigre dans son rôle d’amant: «T’es un impuissant.» De père: «T’es jamais là.» De travailleur: «Avec ton salaire de crève-la- faim.» L’homme nie la relation de violence, il relativise. L’accrochage se met en place et c’est l’escalade. Place aux coups. «Plus de 80% des femmes violentes utilisent des objets, ce qui compense la force du poing généralement utilisé par l’homme, raconte Yvon Dallaire, psychologue, auteur de La Violence faite aux hommes (Option Santé). Les femmes saisissent le rouleau à pâtisserie, le café bouillant, les ciseaux… J’ai vu un homme marqué par l’empreinte d’un fer à repasser sur le ventre.

L’épouse de David avait un faible pour la corde: «Si un jour tu en trouves une pour te pendre, n’hésite pas!» répétait-elle. Il a 58 ans. C’est un petit homme, barbe et cheveux blancs. Il a rencontré sa femme, de vingt-trois ans sa cadette, par petite annonce. L’été 2003, le couple part en vacances; là- bas, ils retrouvent… l’amant. David se rebelle: il se prend une droite au visage. «Ce n’était pas la première fois qu’elle me frappait, confie-t-il. Un fois, elle s’est jetée sur moi, m’a mordu le lobe de l’oreille. Si je me rebellais, elle tapait de plus belle. Elle me dépréciait sans arrêt: ?Tu as raté ta vie! ?»

David a fini par la quitter. A la différence des femmes battues, tenues financièrement par les conjoints, les hommes parviennent à sortir plus vite de l’engrenage. Mais blessés, humiliés, ils mettent du temps à se reconstruire. «Une femme battue va trouver une écoute sociale, des lieux d’accueil efficaces, alors que l’homme se sent risible, castré psychologiquement», estime Sophie Torrent, travailleuse sociale, diplômée du département de travail social et des politiques sociales de l’université de Fribourg, qui a mené l’enquête – L’Homme battu (Option Santé). A 45 ans, Michel suit une thérapie dans une association d’aide aux victimes. Il a vécu deux ans de crises de larmes et de lunes de miel. Sa femme ne supportait pas les frustrations, l’injuriait, déchirait ses chemises. Il trouvait des excuses à son épouse. A la fin, il lui écrivait des mots de peur de lui parler. «J’étais prêt à tout supporter, dit-il. Le plus dur, c’est la destruction psychique.» Dès qu’il entend le mot «vieux» au restaurant, en pleine rue, Michel se met à trembler. Son ex-femme le traitait tout le temps de «vieille peau», de «vieux con». Quatre ans après, le mot, rien que le mot, le fait frémir.

* Les prénoms ont été modifiés.

 

Les violences conjugales ne sont pas seulement l’apanage des femmes.

Des hommes en souffrent également. Mais le sujet de l’homme violenté par sa femme est rarement abordé dans les sociétés africaines. C’est une question qui suscite un sourire narquois, moqueur et même malicieux. Spontanément, on ne peut pas imaginer un homme qui ne serait pas capable de se défendre d’une femme. Et pourtant, le fait est là et bien réel

Les violences faites aux hommes sont une réalité au Burkina Faso. Cependant, le sujet n’est pas abordé en opposition aux violences que les femmes subissent, parce que l’homme est considéré comme une personne en quête de son épanouissement, ayant des sentiments et des besoins à satisfaire. La non satisfaction de ces besoins par la faute d’une autre personne porte atteinte à son intégrité morale. Une violence, que tout le monde voit mais dont personne n’en parle. Ceux qui acceptent d’en parler, le font sous le couvert de l’anonymat. « Sa femme est un genre de garçon manqué. Elle est d’une force physique remarquable et ne manque jamais l’occasion d’exprimer sa virulence. Elle frappe son époux et le fait comme une mère en colère s’en prendrait à son enfant. Une véritable bastonnade, une vraie séance de correction », a confié un médecin chez qui un homme violenté physiquement a été pour des soins médicaux. Comme celui-ci, bien d’autres sont victimes de violences conjugales qui sont de plusieurs ordres : physiques, verbales, morales, sexuelles, etc.

Des insultes et des plaintes incessantes

Les cas d’hommes physiquement violentés sont rares. Encore forte des traditions et coutumes, la société burkinabè ne tolère pas une femme qui frappe son mari. La sanction qu’elle encourt va de l’immolation de sacrifices aux mânes des ancêtres pour conjurer le mauvais sort, à la répudiation. Pour cela, les femmes s’abstiennent de porter la main sur leurs époux. « Les quelques cas constituent des réactions épidermiques que peuvent avoir les femmes », déclare l’imam Alidou Ilboudo de la mosquée de l’Association des élèves et étudiants musulmans au Burkina. A ce propos, il relate le cas d’un homme qui a été brûlé au pied par sa femme qui chauffait de l’eau. « C’est au cours d’une discussion qu’elle a posé cet acte. Cela a été sans doute instinctif. Elle regrettera plus tard mais le mari a déjà écopé du mal ».

Quant à Michel Kaboré, de la pastorale familiale de l’Eglise des Assemblées de Dieu de Tanghin, « les violences que les hommes subissent sont purement et simplement un mécanisme de défense que la femme développe car de nature elle est douce, calme et posée. Aussi, si elle venait à être violente, c’est suite au comportement de son mari ». Il affirme avoir rencontré un couple dans l’exercice de ses fonctions dont le mari était si violent qu’il battait sa femme. « Cette dernière en avait assez des coups et décida un jour, de se défendre. Elle le fit si bien que son mari s’en sortit avec des rougeurs par-ci, des plaies par-là, et depuis cet instant, il comprit que son épouse n’était pas à battre. Et c’est de la sorte que la femme eut la paix ».

Le tort que les femmes font généralement aux hommes sont les propos déplacés, troublants, vexants qu’elles tiennent à leur endroit. Elles se servent d’autres formes subtiles de violences : les insultes, les plaintes incessantes, le refus de faire la cuisine, le silence (le refus de communiquer, de dialoguer) et le refus d’aller en intimité avec le mari. Il y a également le fait d’élever le ton devant l’homme, lui faire des reproches incessamment ou le réprimander publiquement. Contrairement à certains hommes qui se vident de leur colère en frappant leurs épouses, certaines femmes affectent la sensibilité de l’homme en blessant son orgueil. Un fidèle confiait ceci au Pasteur Babou Jean Baptiste Bamouni de l’Eglise évangélique de la grâce : « Mon épouse se plaint constamment de notre niveau de vie et m’accable de toutes sortes de vexations ».

L’opinion populaire trouve que les femmes ne savent que dévaloriser, faire des reproches et critiquer sans cesse : « la femme n’est jamais satisfaite et ne sait point se contenter de quelque chose ». Un contrôleur des impôts a laissé entendre que sur l’insistance de sa mère, il a décidé de payer une mobylette pour sa femme. « J’ai contracté un crédit à la banque et une fois la moto acquise, j’ai planifié de sorte qu’il ait un effet de surprise pour mon épouse. Mais à ma grande stupéfaction, je ne reçus que des plaintes. Madame ne voulait pas de cette marque, elle voulait une autre qui était à la mode », se plaint-il. La réaction de sa femme lui était incompréhensible et son attitude décevante. « Comment ne pas jubiler de joie pour le cadeau. Combien de ses camarades sont sans moyen de déplacement et l’envient. C’était le pire des cauchemars qui me soient arrivé », a-t-il soupiré.

Le mariage est la rencontre de deux caractères, de deux personnalités. Une alliance qui exige de la conciliation en tout et pour tout pour l’harmonie de la famille. Ce qui relève d’un savoir-faire. De l’avis de Jean Bosco Kaboré, conseiller conjugal, les candidats au mariage ne

se donnent plus le temps d’une connaissance approfondie et négligent certains aspects de la vie conjugale. De nos jours, a-t-il poursuivi, les télénovélas et la mode influent considérablement sur la vie des jeunes. Ce qui conduit au conformisme, « au suivisme, à l’imitation de la culture occidentale ». Aussi, il déplore le superficiel, l’illusion, le mirage sur lesquels se fondent les relations amoureuses. « 85 % des violences conjugales viennent de l’immaturité de la conception du mariage. Les jeunes sautent beaucoup d’étapes et confondent certaines choses. Ils ne savent pas que la durée d’une relation ne détermine pas sa qualité », a-t-il souligné.

D’où naissent les violences conjugales

Un homme qui ne comprend pas qu’il doit investir dans la vie de sa femme pour obtenir d’elle tout ce qu’il veut n’aura qu’un climat malsain dans la famille. S’inscrivant dans cette logique, le Pasteur Bamouni raconte « Jeune marié je n’avais jamais compris que je devais m’investir dans la vie de mon épouse pour obtenir d’elle la soumission enseignée par la Bible. Je passais mon temps à lui donner des ordres, à lui réclamer des choses, à l’agacer par des reproches, à lui faire sans cesse des critiques. Notre vie de foyer était loin d’être sereine car mon épouse n’arrivait pas à faire tout ce que je lui demandais. Elle ne connut point de répit ». Cependant, reconnaît-il à présent, que cette soumission qu’il attendait de son épouse, il aurait pu l’obtenir en faisant preuve de plus de « tact ».

C’est en assujettissant sa femme à ses désirs, sans prendre suffisamment de temps pour être à son écoute, qu’il la privait, sans s’en rendre compte, de sa liberté la plus fondamentale et l’opprimait. Il réalise, aujourd’hui, qu’il aurait dû se comporter en « gentleman » : privilégier notamment le dialogue avec son épouse et partager, ainsi, les interrogations, les peines, les attentes aussi, de celle qui partage sa vie. Car, dit-il, la femme est un être mû de sentiments et d’émotions dont il faut tenir compte dans les relations humaines. Sans quoi, elle peut développer un mécanisme de défense. Aussi est-il compréhensible qu’une femme qui se voit opprimée se batte pour se faire une place dans la vie conjugale, affirme Franceline Sana, directrice de la Promotion de la femme du Centre-Ouest. « La bouche de la femme étant son carquois », elle s’en sert comme moyen de défense.

Des conséquences des violences conjugales

Quelles que soient les raisons qui expliquent l’une ou l’autre violence, celles conjugales peuvent entraîner une séparation des deux parties, la dislocation de la cellule familiale qui a de sérieuses répercussions sur la vie des enfants. Idrissa Kongongo du service social de l’Action sociale de Bogodogo, témoin d’une histoire triste, raconte : « un jeune était victime de menaces de la part de sa concubine. Cette dernière le menaçait de scandales quand elle avait un besoin d’argent. Pour arriver à ses fins, elle se servait de l’enfant qu’ils ont eu et prétextait l’une ou l’autre dépense indispensable de l’enfant à honorer. L’enfant finit par mourir. Une mort qui mit fin à leur histoire ». La vie d’un innocent sacrifié sur l’hôtel des besoins et de la crainte inspirée par les menaces.

En plus de cela, certains hommes désertent le foyer conjugal au profit des chambres de passe, des auberges, des hôtels. Ils abandonnent la demeure familiale pour oublier, disent-ils, un moment, les soucis. D’autres par contre, font des heures supplémentaires pour ne pas rentrer assez tôt. Ce qui contribue à la baisse du rendement scolaire des enfants et à l’augmentation considérable des enfants de la rue, du banditisme et des déviations de toutes sortes. La société court ainsi un danger. D’où la nécessité de s’inquiéter sur le sort réservé à la cellule familiale. Aussi, recourir à des dispositions pour mettre fin aux violences conjugales s’avère être une nécessité pour assurer de meilleurs jours à la génération future. Pour le moment, le décompte des hommes violentés est compliqué du fait de l’absence de statistiques et d’études.

Un sujet encore tabou dans nos sociétés

Les associations d’hommes violentés n’existent pas au Burkina. Ceux-ci se retrouveraient de temps à autre pour échanger sans complexe ni gêne et à bâtons rompus sur leur sort commun. Les recherches pour les retrouver ont été vaines.

La réticence de l’évoquer est trop grande, vu son lien avec l’intimité de la vie du couple. Les victimes n’en parlent qu’à des amis, des conseillers conjugaux, des autorités religieuses qui s’engagent à ne pas le révéler. Le Père Prosper Kontiébo, curé de la paroisse Saint Camille, avoue qu’on ne peut parler de ce sujet que de façon globale. « On ne peut pas rentrer dans les détails ». La complexité du sujet et les considérations sociales sont de telle sorte que personne n’a encore véritablement abordé la question. Le thème d’hommes violentés reste encore tabou si bien que les victimes préfèrent se taire. Pourquoi les hommes ne passent-ils pas aux aveux ?

Les coutumes et traditions africaines sont telles que l’homme caractérisé de sexe fort, n’ose pas se montrer en public comme violenté par son épouse. Dans ces traditions, l’homme est le chef de la famille. Autant il veille sur le bien-être familial, autant des prérogatives d’un certain niveau lui sont reconnues. Les liens du mariage exigent de la femme une existence sous le toit que son époux aura bâti. Cela se traduit le plus couramment dans un certain niveau de langage par « la femme est en-dessous de l’homme ». En évoquant cette pensée populaire, Michel Kaboré de la pastorale familiale de l’Eglise des Assemblées de Dieu de Tanghin laisse entendre que « pour le plus grand nombre d’hommes, en aucune façon, une femme qu’ils ont dotée, épousée et fait venir dans leur maison ne saurait hausser le ton devant eux ».

Ce sentiment du plus fort dit-il, amène les hommes à ne pas tolérer le plus souvent certaines attitudes bien que venant de leur « bien aimée ». Pour une certaine pensée psychologique, l’homme est généralement de caractère dominant et pense avoir toujours raison et être objectif. Aussi ne permet-il pas que son autorité souffre d’objection. Au-delà de cela, la société lui confère de la supériorité. Il a un droit de regard sur tout ce qui est en relation avec sa famille et demeure le seul maître de la maison. Pour toutes ces raisons entre autres, l’homme violenté n’ose pas en parler, car le souci de son image l’en empêche. Pour certains, c’est honteux. « Une femme frapper un homme, quelle honte ! » S’est écrié Alidou Ouédraogo, boucher de profession. « Donc ce n’est pas un homme ! », conclut-il avant de renchérir. « C’est contraire à la virilité ».

C’est même une horreur selon l’opinion publique, car les concernés sont objets de railleries et de dénis. A ce propos, nombreuses sont les anecdotes : « Comment un homme peut-il se laisser frapper par une femme ? Voyez comment il marche grand garçon, gaillard et c’est madame qui le commande. Ce sont ces personnes qui compromettent le nom des autres hommes. Et l’autorité, tu la places où ? Craintif comme tu l’es, tu ne tarderas pas à échanger le signe de ta masculinité contre toute autre vanité ». Autant de paroles méchantes et méprisantes que l’on profère contre ceux qui vivent cette situation. Ce qui sans doute blesse, frustre et contraint les hommes violentés au silence. Outre cela, l’éducation et les croyances religieuses défendent à la femme toute attitude violente.

La Bible enseigne soumission et respect à la femme à l’égard de son mari et recommande à l’homme l’amour pour sa femme. Enseignement que renforce une éducation qui confère à l’épouse le rang de la docile. D’où la pensée selon laquelle une femme qui a la crainte de Dieu n’exercera pas de pression sur son époux pour obtenir ce qu’elle veut. Il est inadmissible en ce moment que l’on puisse parler d’hommes violentés. Cette stipulation biblique est soutenue par l’éducation qui demande à la femme la maîtrise de ses émotions et le contrôle de ses ardeurs.

Pour Idrissa Kongongo, éducateur social au service social de l’Action sociale de Bogodogo, « l’homme est souvent victime de mariage arrangé. Ainsi quand il se retrouve dans cette situation, il est obligé de se soumettre. Il ne peut pas renvoyer la femme, parce que ce mariage engage des liens très forts de parenté, d’amitié et ne peut souffrir de rupture du fait des époux qui constituent le gage de ce lien. En de pareilles situations, généralement, les parents du mari interviennent pour résoudre le problème. C’est quand ils échouent que les conjoints se convoquent au service de l’Action sociale qui leur propose des solutions à l’amiable ». Aucune disposition ne régit la question des violences faites aux hommes contrairement aux femmes qui disposent du code des personnes et de la famille. Et pourtant, il faut y penser afin de favoriser l’équilibre de la famille. Il y va de l’intérêt de la cellule familiale.

Nongzanga Joséline YAMEOGO, (yameogojoceline@yahoo.fr) (Stagiaire)

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2 Réponses à “L’homme victime”

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